đŸȘ™ ANGLETERRE — DEUX MONNAIES ROMAINES EXTRÊMEMENT RARES DÉCOUVERTES AU DÉTECTEUR VENDUES 16 000 ÂŁ


Deux petites monnaies d’argent vieilles de plus de 1 700 ans viennent d’atteindre ensemble 16 000 livres sterling aux enchĂšres. DĂ©couvertes au dĂ©tecteur de mĂ©taux Ă  Westbury-on-Severn, dans le Gloucestershire, elles portent le portrait de Carausius, l’un des personnages les plus Ă©tonnants de la Bretagne romaine. Leur raretĂ© et leur qualitĂ© en font bien davantage que de simples monnaies anciennes : elles constituent de vĂ©ritables tĂ©moins de la courte pĂ©riode durant laquelle la Bretagne s’est dĂ©tachĂ©e de l’autoritĂ© impĂ©riale romaine.

DEUX DENIERS DÉCOUVERTS AU DÉTECTEUR

Les deux monnaies ont Ă©tĂ© dĂ©couvertes en 2023 Ă  Westbury-on-Severn, dans le district de Forest of Dean, au Gloucestershire. La base scientifique Coin Hoards of the Roman Empire, rattachĂ©e notamment Ă  l’UniversitĂ© d’Oxford et Ă  l’Ashmolean Museum, enregistre officiellement cette dĂ©couverte comme un dĂ©pĂŽt composĂ© de deux monnaies d’argent de Carausius, dĂ©couvertes Ă  l’aide d’un dĂ©tecteur de mĂ©taux sur une terre cultivĂ©e.

Le lieu prĂ©cis de dĂ©couverte n’a naturellement pas Ă©tĂ© rendu public. Les informations disponibles situent cependant la trouvaille dans le secteur rural de Westbury-on-Severn.

👉 Consulter la fiche officielle du dĂ©pĂŽt de Westbury-on-Severn

La presse britannique indique que les monnaies avaient Ă©tĂ© mises au jour durant l’étĂ© 2023 et qu’elles ont ensuite fait l’objet d’une identification et d’une Ă©tude avant leur apparition sur le marchĂ© numismatique.

MAIS QUI ÉTAIT CARAUSIUS ?

Le personnage représenté sur les deux deniers rend la découverte particuliÚrement intéressante.

Marcus Aurelius Mausaeus Carausius Ă©tait un commandant militaire romain chargĂ© notamment de combattre les pirates qui sĂ©vissaient dans la Manche. En 286 aprĂšs J.-C., il se rĂ©volta contre l’autoritĂ© impĂ©riale et se proclama empereur.

Pendant plusieurs annĂ©es, Carausius contrĂŽla la Bretagne romaine ainsi qu’une partie du nord de la Gaule et dĂ©veloppa son propre monnayage. Ses piĂšces constituent aujourd’hui l’un des principaux tĂ©moignages matĂ©riels de cet Ă©pisode politique exceptionnel.

Carausius tenta notamment de présenter son pouvoir non comme une simple rébellion, mais comme une autorité impériale légitime. Ses monnaies deviennent ainsi de véritables instruments de propagande politique.

Dominic Chorney, responsable des monnaies antiques chez Stanley Gibbons Baldwin’s, souligne que ces piĂšces constituent Ă  la fois des documents d’histoire Ă©conomique, politique et sociale.

DES DENIERS BEAUCOUP PLUS RARES QUE LES MONNAIES HABITUELLES DE CARAUSIUS

Les monnaies de Carausius ne sont pas toutes introuvables. Des antoniniens de son rÚgne apparaissent réguliÚrement dans les collections et les ventes spécialisées.

Mais ses deniers d’argent sont nettement plus rares.

Ces deux exemplaires ont été frappés vers 287-288 aprÚs J.-C., une datation également retenue par la base Coin Hoards of the Roman Empire.

L’une des monnaies avait Ă©tĂ© dĂ©crite avant la vente comme Ă©tant dans un Ă©tat « extrĂȘmement fin », tandis que l’autre prĂ©sentait un remarquable portrait de Carausius tournĂ© vers la gauche, qualifiĂ© par la maison de ventes de portrait exceptionnellement Ă©lĂ©gant.

Sur l’un des exemplaires, le revers reprĂ©sente notamment deux personnages se serrant la main, un type iconographique qui pouvait exprimer la concorde, l’alliance ou l’unitĂ©.

Pour un collectionneur de monnaies romaines britanniques, ce type de piĂšce se situe donc trĂšs loin du simple denier romain relativement courant.

16 000 LIVRES POUR LES DEUX MONNAIES

Avant leur passage aux enchÚres, une premiÚre piÚce avait reçu une estimation comprise entre 5 000 et 7 000 livres sterling, tandis que la seconde était estimée entre 8 000 et 10 000 livres.

Le rĂ©sultat final annoncĂ© est de 16 000 livres sterling pour l’ensemble des deux monnaies.

Une somme considĂ©rable pour deux petits morceaux d’argent dĂ©couverts dans un champ trois ans auparavant.

Mais leur prix ne résulte évidemment pas du poids du métal précieux.

Il repose avant tout sur la combinaison de plusieurs éléments : rareté du type, personnage historique représenté, qualité des portraits, état de conservation et provenance précisément documentée grùce à leur découverte au détecteur.

DES MONNAIES QUI RACONTENT UNE BRETAGNE ROMAINE INDÉPENDANTE

L’intĂ©rĂȘt historique dĂ©passe largement leur valeur marchande.

Lorsque Carausius prend le pouvoir en Bretagne, l’Empire romain traverse une pĂ©riode particuliĂšrement agitĂ©e. Les empereurs se succĂšdent, les frontiĂšres sont attaquĂ©es et plusieurs gĂ©nĂ©raux utilisent leur contrĂŽle de l’armĂ©e pour revendiquer le pouvoir.

Carausius rĂ©ussit cependant quelque chose de remarquable : maintenir pendant plusieurs annĂ©es un État pratiquement indĂ©pendant centrĂ© sur la Bretagne.

Il frappe ses propres monnaies et utilise celles-ci pour affirmer son autorité.

C’est pour cette raison que les spĂ©cialistes considĂšrent aujourd’hui certaines monnaies de Carausius presque comme des objets de propagande politique miniatures.

Chaque portrait, chaque lĂ©gende et chaque reprĂ©sentation au revers participait Ă  la construction de l’image du souverain.

Comme le résume Dominic Chorney à propos des deux exemplaires de Westbury-on-Severn, ces monnaies sont finalement plus proches de véritables objets historiques que de simples moyens de paiement.

UNE DÉCOUVERTE OFFICIELLEMENT ENREGISTRÉE

La trouvaille possĂšde Ă©galement l’avantage d’ĂȘtre parfaitement documentĂ©e.

La base Coin Hoards of the Roman Empire attribue au dĂ©pĂŽt de Westbury-on-Severn le numĂ©ro 21772. Elle indique qu’il comprend exactement deux monnaies, toutes deux en argent et toutes deux attribuĂ©es au rĂšgne de Carausius.

Le mode de découverte y est explicitement enregistré : metal detector.

La fiche renvoie Ă©galement vers l’enregistrement correspondant du Portable Antiquities Scheme, le vaste systĂšme britannique permettant d’enregistrer les dĂ©couvertes archĂ©ologiques rĂ©alisĂ©es par le public.

👉 Voir l’enregistrement scientifique du Westbury-on-Severn Hoard

Ce type de traçabilitĂ© augmente considĂ©rablement l’intĂ©rĂȘt scientifique d’une monnaie. Contrairement Ă  une piĂšce ancienne dont l’origine est inconnue, les chercheurs savent ici dans quelle rĂ©gion et dans quelles circonstances les deux objets ont Ă©tĂ© mis au jour.

DEUX PETITES MONNAIES, UNE GRANDE HISTOIRE

L’histoire possĂšde tout ce qui fait le charme de la dĂ©tection de mĂ©taux : un signal dans un terrain cultivĂ©, deux petites monnaies d’argent et, derriĂšre elles, tout un pan de l’histoire romaine britannique qui refait surface.

Plus de 1 700 ans aprĂšs leur enfouissement, les deux deniers de Westbury-on-Severn sont passĂ©s d’un sol agricole du Gloucestershire Ă  une vente aux enchĂšres oĂč ils ont atteint ensemble 16 000 livres sterling.

Mais leur véritable valeur se trouve probablement ailleurs.

Ces deux monnaies tĂ©moignent d’un moment oĂč la Bretagne romaine a vĂ©cu sous l’autoritĂ© d’un homme qui avait dĂ©cidĂ© de dĂ©fier Rome, de se proclamer empereur et mĂȘme de frapper sa propre monnaie pour le faire savoir.

Et une fois encore, c’est un dĂ©tecteur de mĂ©taux qui a permis Ă  ces minuscules tĂ©moins de cette histoire mouvementĂ©e de revoir la lumiĂšre du jour.

SOURCES

👉 Compte rendu de la vente et prĂ©sentation des deux monnaies

👉 Coin Hoards of the Roman Empire — Westbury-on-Severn Hoard 21772

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